La Niche de Notre-Dame-des-Campagnes de St-Aimé


English Translation

"La terre no 26, du livre-terrier seigneurial, ... en bas du village sur le côté ouest de la rivière...avait été concédée à Jean-Baptiste Boissel le 17 janvier 1746...

Une croix "du chemin" avait été plantée sur le côté-est de cette terre; et depuis un temps immémorial elle étendait ses bras, comme pour marquer que la première, elle avait pris possession de la région, et que tout ce domaine devait demeurer sous sa tutelle et protection...

En 1862 quand Jean Laplante dit Besson était propriétaire de la terre, la croix du chemin était tombée de vétusté, et le propriétaire parassait peu soucieux de la relever...(On a utilisé) une de ces pièces à réparer un pont défectueux...

Tout le monde, et spécialement les résidents du bas de la rivière, déplorait la disparition de la croix. Et parmi ces derniers Joseph Léveillé en était le plus affecté... Né en 1812, Joseph Léveillé avait toujours vu la croix du chemin... Il en fit la remarque à M. (le curé) Leblanc, et lui demanda l'autorisation de renouveler la croix, mais sur sa propriété.

L'autorisaton lui fut accordée sur le champ. Ce que voyant, Jean Besson, pris de remords, résolut alors de relever la croix, et alla requérir l'autorisation de M. Leblanc. Celui-ci fit observer qu'il venait d'accorder ce privilège à Joseph Léveillé, mais Jean Besson insista à conserver cet ancien privilège, dont jouissait sa propriété depuis un temps immémorial. Le bon M. Leblanc, qui ne sait rien refuser, et voulait contenter ses deux paroissiens tout en ne pouvant leur accorder la même chose, s'obligea à leur donner satisfaction. Il permit à Jean Besson de renouveler la croix sur sa propriété, et consola Joseph Léveillé en lui promettant quelque chose de mieux encore.

Quelques semaines après, le bateau apportait un colis contenant une statue de la Ste Vierge, sous le vocable de l'Immaculée Conception, que M. Leblanc avait achetée et payée de ses deniers; et il en fit don à Joseph Léveillé, à la condition que ce dernier construirait sur sa propriété et sur le bord du chemin, une niche pour déposer et conserver la statue.

Avec transports de joie, Joseph Léveillé accepta le beau don de M. Leblanc, et chargea son fils Louis de construire une niche.

Le curé annonça à l'avance la cérémonie de l'inauguration de la madone, et invita tous les paroissiens à y assister. Par un beau dimance de juin après-midi, la statue fut portée processionnellement de l'église à la résidence du donataire. Furent invités à porter le bayart, enguirlandé de fleurs et de banderolles, Louis Léveillé, Modeste Raiche, Narcisse Parenteau, et Prosper Bonin. La cérémonie avait attiré tous les paroissiens de la localité et un grand nombre aussi des paroisses cironvoisines. Il y eut prières, chants, prédiction et installation de "Notre-Dame-des-Campagnes", dans la niche qu'on voit encore de nos jours au même endroit (2). Depuis cette époque, chaque retour du mois de mai voit se rassembler aux pieds de la madone la population circonvoisine, qui vient accompmlir les pieux exercices du mois de Marie.

À son tour cette dernière croix succomba sous les morçures du temps, vers l'année 1900. Il est regrettable, qu'au point de vue religieux et historique, on ait discontinué cette pieuse tradition, et qu'on ait laissé oublier, par la disparition de ce signe, que c'est l'endroit où s'implanta le premier habitant de S.-Aimé, il y aura bientôt deux siècles." (1)

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(1)Histoire de la Seigneurie Massue et de la Paroisse St-Aimé, Ovide-M. H.-LaPalice, 1930, p. 219-220.

(2) "Ces faits, touchant l'origine de Notre-Dame-des-Campagnes", nous ont été fidèlement racontés par M. Aimé Léveillé, qui coule encore aujourd'hui une heureuse vieillesse (1928). Il était tout jeune homme, quand il fut témoin des fêtes grandioses qui marquèrent l'inauguration de la madone, sur la propriété de son père. La famille de Joseph Léveillé a toujours entretenu, avec un religieux respect et en bon état de conservation, la niche proprette de Notre-Dame-des-Campagnes." Ibid., p 220, note 5.